L’égo est souvent quelque chose de très puissant. C’est une des principales forces motrices dont nous disposons pour faire bouger l’organisation. C’est par ambition, par désir de réussir quelque chose, de se prouver à soi-même et de prouver aux autres ce dont nous sommes capables, que nous atteignons quelques-une de nos plus belles réussites.

Pour autant, cet ego joue bien des tours. Parfois force positive, l’égo a un effet négatif lorsqu’il nous entraine dans une spirale d’aveuglement sur nous-même. Sans compter l’importance de parfois brider cette force motrice, lorsqu’elle fait elle-même obstacle à ses buts.

L’ambition est une force motrice

On ne peut pas atteindre et assumer un poste à responsabilité sans une part d’ambition. Je ne parle pas là nécessairement de l’ambition du loup aux dents si longues qu’elles rayent le parquet !

égo : un élan vers la vision

En effet, il existe bien des formes d’ambition :

  • Vouloir avoir le plus gros salaire et le plus de pouvoir (assez basique et heureusement rarement aussi caricaturale)
  • Contribuer à l’émergence d’un monde meilleur, où complexité et incertitude sont part d’une démarche permanente d’amélioration de la condition d’être humain
  • Assurer la justice des rapports sociaux, apporter une nouvelle chance aux plus vulnérables
  • Réparer les injustices, redresser les torts, défendre la veuve et l’orphelin

Ces ambitions tirent souvent leur source dans les méandres du passé, dans la construction de la psyché dès l’enfance. Associées à la compétences, elles sont une puissante force de transformation du monde qui nous entoure.

A plus forte raison si nous nous connaissons nous-mêmes, pour mieux exploiter cette motivation.

L’égo : une part sombre qui émerge

égo : savoir se défendre

Malheureusement, l’égo prend aussi des formes nettement moins favorables à l’amélioration des relations avec autrui. Notamment lorsque je me laisse tenter par les stratégies en quête de satisfaction personnelle :

  • Défendre mon territoire, quitte à attaquer quiconque viendrait remettre en cause mes méthodes ou mes prérogatives. Il ne s’agirait pas que quelqu’un vienne mettre en cause ma façon de manager mon équipe !
  • Me mettre en valeur, dans des récits qui me donnent la part du lion. Je n’ai pas vécu tant que ça d’aventures exceptionnelles, mais ça ne m’empêche pas de les raconter encore et encore : c’est moi le héros !
  • Fermer les yeux sur ce qui m’avantage au détriment d’autrui. Après tout, une petite entorse aux principes, ce n’est pas si grave. Et puis tout le monde le fait. D’ailleurs, je l’ai bien mérité…
  • Ecraser l’autre, parce que de toute façon il ne mérite pas mieux. Puisque j’ai le pouvoir, je vais faire changer les choses. Et les gens. Y compris s’ils ne le veulent pas. C’est pour le bien de tous, puisque je veux améliorer le monde.

Ce genre de discours, qui maximise les qualités de celui qui parle et discrédite plus ou moins tous les autres, est malheureusement fréquent. Et le premier signe repérable du dérapage : quand l’égo n’est plus une force motrice vers le bien pour tous et qu’il se met au service de l’égoïsme.

Devoir brider son égo

Si les deux versions positives et menaçantes de l’égo du dirigeant sont bien connu, il y a une version plus inattendue. L’égo du directeur est parfois son pire ennemi. Celui qui l’empêche d’atteindre son but.

En conséquence, il faut de belles ressources d’humilité au directeur pour atteindre ses objectifs. Cela me demande régulièrement de renoncer à gratifier mon besoin personnel de reconnaissance, pour obtenir le résultat visé :

que choisir ?
  • Lorsqu’un salarié m’accuse d’abuser, se prévalant de droits qui n’existent pas en dehors de son imagination, il me faut rester calme face à l’accusation. Et surtout professionnelle dans la réponse : le droit, tout le droit, rien que le droit avec de l’humanité en plus.
  • Il y a celui à qui j’ai dit non il y a quelques années sur ce qu’il exigeait et dont j’ai besoin aujourd’hui. Cela me place face à un choix : satisfaire mon ego ou avancer sur le projet. Pour atteindre mon but, il faudra que je me dédise, que je revienne sur mes refus. Et avec élégance en plus, sans laisser les négociations tourner à mon désavantage.
  • Faire le premier pas, même envers quelqu’un qui me rejette et m’évite, pour atteindre un objectif.
  • Montrer de la confiance, même face à la méfiance et à la médisance.
  • Résoudre les problèmes d’autrui, au détriment de mon intention personnelle, dans l’intérêt de l’organisation.

C’est ainsi que l’égo se doit parfois d’avaler des couleuvres au nom de l’intérêt collectif… qui peut être la visée de l’ambition.

Un équilibre fragile

perdue dans le triangle de l'égo

L’égo est une source de la force motrice vers une vision à défendre. Mais dans les exemples ci-dessus, il peut aussi rapidement prendre des formes nettement moins souhaitables. L’égo est une formidable machine à enfermer dans les trois rôles du sinistre triangle de karpman :

  • Le sauveur : le protecteur, conseiller, justicier qui vient sauver même celui qui n’a rien demandé et qui se retrouve ainsi infantilisé. Rôle gratifiant, la posture de sauveur évite aussi de se remettre en cause, tout occupé que l’on est à sauver la victime.
  • Le persécuteur : se considère comme supérieur et dans son bon droit, il fixe les règles auxquelles les autres doivent se plier. Il tire de sa posture un pouvoir sur autrui et s’évite de s’interroger sur le ressenti des autres.
  • La victime : oppressée et impuissante, incapable de résoudre la situation, en quête d’un sauveur … Mais la victime ne cherche pas vraiment à résoudre son problème : cela lui enlèverait tout le bénéfice de la plainte, dont le fait qu’on s’intéresse à elle.

Chacun de nous a tendance à incarner plutôt un de ces rôles. Or, à rester sur un fonctionnement, le risque est important de basculer peu à peu dans ses travers les plus caricaturaux… et problématique pour la relation aux autres et au projet. Pour autant, passer d’un rôle à l’autre est épuisant et déstabilisant, sans jamais apporter un équilibre relationnel.


La seule réponse permettant d’aller vers un équilibre personnel et relationnel est la connaissance de soi et la prise de conscience.

C’est en écrivant ce texte dans un moment d’insatisfaction que j’ai pris conscience que j’étais en train de basculer dans une posture de « victime des événements« .

M’en rendre compte a suffit à m’en sortir pour cesser de me voir en victime pour redevenir acteur, sans me rendre responsable de plus que ce qui me revient. J’ai retrouvé de la motivation, pour poursuivre sur le chemin.

le chemin de la vie
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