Marshall Rosenberg a créé et diffusé les principes de la communication non-violente (CNV). Son approche se focalise sur quelques bases très simples pour mettre en cause nos habitudes de communication basées sur les jugements et empreintes de colère et d’agressivité.

La méthode développée vise à créer un mode de communication différent, ouvert à l’autre, mais également à soi-même.

Quelle place pour la non-violence ?

A première vue, la non-violence n’est pas une qualité des plus demandées dans les postes de management. Des termes tels que goût du challenge, autorité, leadership sont plus courants dans les descriptions de postes que celui d’empathie. Celui qui oserait promouvoir la non-violence en milieu professionnel court le risque de s’entendre appelé « bisounours » (tiens, un jugement !)

Introduction à la communication non-violente

Néanmoins, je ne souhaite pas rester un dragon focalisé sur sa puissance de feu, prêt à dévorer ou écraser tout importun osant me contrarier.

Le livre de M. Rosenberg, Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs), présente les principes de la communication non-violente. Si cela paraît simple et séduisant à première lecture, l’appropriation et la pratique demandent une discipline qui ne s’acquiert que dans le temps.
En cela, la CNV m’apparaît comme un des outils qui me permettent d’accroître ma maîtrise personnelle, notamment par le questionnement de mes émotions et pensées limitantes, mais aussi par la différenciation entre observations et interprétations.

J’aspire ainsi à mieux identifier les éléments qui me tiennent à coeur. Au passage, j’apaise frustrations et autres désagréments coûteux en énergie.
Une communication de qualité avec les autres est une compétence précieuse, au travail mais également pour ma vie personnelle.


La culture de la violence

M Rosenberg pose en postulat que notre conditionnement social nous conduit à réfléchir à partir de jugements représentés par le « langage chacal ». Il comprend :

  • ce qui est bien / mal, ce qui est bon / mauvais : « je sais ce qui est juste« 
  • ce qu’il faut faire : « tu devrais… » , « il faut que je …« 
  • comparaison : « il est mieux que moi« 

Ces jugements sont une violence que je m’impose à moi-même ainsi qu’à mon environnement. Or ils sont en réalité l’expression d’un besoin qui est en moi : authenticité, liberté de choix, sécurité, … Ces besoins fondamentaux sont communs à tous les êtres humains : ils nous relient si nous les écoutons sans nous arrêter aux jugements exprimés.

« Tout conflit est l’expression tragique d’un besoin insatisfait »

M. Rosenberg
La communication non-violente : l'écoute empathique

Techniques de base de la CNV

Pour cela, la communication non-violente propose un langage, une méthode de construction de la parole qui invite à distinguer :

  • Les pensées et jugements (la base du langage chacal) : ce qui vient à l’esprit, sous des formes normatives de ce qui est bien / mal, ce qui doit être, les dépréciations de soi et accusations d’autrui. La CNV n’appelle pas à bannir ces jugements mais à les écouter à la recherche du besoin sous-jacent.
  • L’observation des faits, sans les évaluer : « quand je vois« , « quand j’entends« , concrètement et précisément
  • Les sentiments : « je suis… heureuse / triste / dépitée / inquiète… ». L’expression m’aide à m’approprier mes émotions, car leur origine est dans mon interprétation des faits et non dans les faits eux-mêmes (d’ailleurs, dans la même situation, quelqu’un d’autre réagirait autrement).
  • Les besoins : les besoins fondamentaux sont communs à tous les êtres humains (sécurité, connexion à autrui, intégrité, autonomie, jeu…). Les besoins sont abstraits et génériques. Ils me relient à autrui (alors que les stratégies pour répondre à ces besoins peuvent être en conflit).
  • Les stratégies : ce sont des modalités concrètes que j’imagine pour répondre à mes besoins. Les stratégies sont multiples, diversifiées et propres à chacun. Par exemple, pour répondre à mon besoin de « créativité », je peux choisir de peindre un tableau à l’acrylique ou d’aller rencontrer des managers qui utilisent la CNV dans leur pratique quotidienne.
  • Demander : formuler à l’autre mon attente, de façon claire et précise, en le laissant libre de sa réponse.
  • Les exigences : ce sont des demandes pour lesquelles je ne suis pas en mesure de recevoir un refus de la part de l’autre.

La CNV est une forme de langage dit « girafe » qui demande beaucoup de pratique pour formuler les observations – sentiments – besoins – demandes.

La pratique

Lors des premiers essais, le résultat est maladroit : j’ai du mal à me défaire de mes habitudes et il me parait bien peu naturel de me concentrer sur la technique. Identifier ce que je ressens, passer des pensées aux observations et aux sentiments, revenir aux jugements, rechercher le besoin, interroger les jugements dans mes exigences et revenir au départ : tout cela ressemble à une danse.
Lorsque je parviens à identifier le besoin fondamental caché derrière les sentiments et jugements, cela provoque une sensation de libération, même sans que ce besoin soit assouvi.

Pour autant, ce qui compte au-delà des mots employés est l’intention : se relier à l’autre et écouter son message et ses besoins profonds par-delà les mots qu’il emploie.
L’empathie est un principe central de la communication non-violente.

La communication non-violente et les jugements

Au fil de la pratique, diverses façons de décliner la technique de base apparaissent, par exemple :

  • me relier à moi-même avec bienveillance (auto-empathie),
  • exprimer pleinement la colère, la tristesse et autres sentiments désagréables,
  • écouter autrui sans chercher une solution à ce qu’il vit,
  • exprimer ma reconnaissance à autrui pour ce que j’ai vécu au regard de ce qu’il a fait.

Ainsi, la communication non-violente apparait comme un élément d’une boîte à outils pour rendre la vie plus vivante. J’apprends à l’appliquer dans mes relations à moi-même et aux autres, au travail comme à la maison ou dehors.


Crédit images : 
http://cnv-apprentiegirafe.blogspot.com : blog de Leti. Elle illustre sa découverte de la communication non-violente en mettant en scène chacal et girafe, les personnages imaginés par M Rosenberg pour illustrer les techniques de la CNV telle qu'il l'a enseignée.
Merci à Leti pour ces dessins qui racontent si bien ce que je ressens avec la CNV !

Photo by * Didier 85 * on Foter.com / CC BY-NC-ND