Les modèles mentaux sont des représentations du monde profondément ancrées en nous. Lorsqu’ils sont inconscients, ils limitent nos pensées et nos actions. Apprendre à les identifier et à les remettre en cause est une des cinq disciplines définies par P Senge vers une organisation apprenante.

Définition

Apprentissage organisationnel - Argyris & Schon

Les modèles mentaux sont des représentations. Ils sont utiles et indispensables : sans eux, nous ne pourrions pas appréhender le monde ni prendre des décisions. Ce sont les modèles mentaux qui nous permettent de simplifier la réalité, de reconnaître si l’interlocuteur est homme ou femme, ouvert ou menaçant, culturellement proche de nous ou non…

Le danger commence à apparaître lorsque nous les prenons pour acquis, surtout sans nous en rendre compte.

Par conséquent, peu importe de savoir si ces modèles sont bons ou mauvais ; la difficulté est de les faire émerger à la conscience. Tant que je ne me rends pas compte de mes modèles mentaux, je ne les remets pas en question. Du coup, le fossé s’élargit entre mes représentations et la réalité : mes décisions perdent en efficacité. 

La théorie des modèles mentaux est très appuyée sur les travaux de C Argyris et D A Schön sur l’apprentissage organisationnel.

Les modèles mentaux croisent des sujets sur les croyances implicites et les biais cognitifs.

P Senge propose de travailler, en tant que discipline, la remise en cause des modèles mentaux.

Identifier et remettre en cause ses modèles mentaux

Apprendre à identifier ses modèles mentaux

La peur du jugement de l’autre est très répandue. Or ne pas s’exprimer conduit à s’enfermer dans des modèles mentaux qui nuisent au changement et à la progression.

Pour l’éviter, une piste peut être de faire évoluer la culture de l’organisation, avec une perception nouvelle des rôles. L’objectif est d’encourager l’expression, les avis différents et l’exploration des modes de construction de la pensée. Cela demande d’abandonner le tryptique diriger – organiser – contrôler et les jeux de pouvoir. L’objectif est de laisser plus de place à l’ouverture d’esprit.

Des outils sont cités par P Senge pour ralentir le processus de la pensée et être plus conscient de la construction de nos modèles.

Les théories affichées

Il convient de chercher la distinction entre théories affichées (ce que je dis) et théories appliquées (les axiomes qui régissent mes actions). Si j’arrive à identifier et reconnaître les écarts entre ma vision et ce que je fais réellement, j’ai la possibilité de changer.

Cela demande une difficile honnêteté envers soi-même (cf la maîtrise personnelle) ; l’aide d’un tiers est bienvenue. 

La « colonne de gauche »

La « colonne de gauche » est un exercice de mise en évidence des non-dits, conçu par Argyris. Le principe est celui d’un tableau à deux colonnes. D’abord, je me remémore une situation conflictuelle ou insatisfaisante. Dans la colonne de droite, je reporte le dialogue tel que je m’en souviens. A gauche, j’écris ce que j’ai pensé ou senti sans l’avoir dit.

Le but est de repérer comment, dans une situation tendue, nous sabotons nos chances d’apprendre en évitant d’aborder les problèmes. 

Les sauts conceptuels

Les sauts conceptuels sont des généralisations à partir d’observations non vérifiées. Il m’est indispensable de simplifier pour me représenter mon environnement. Mais dans ce process mes déductions peuvent me conduire à considérer mes suppositions comme des faits.

La seule solution pour débusquer mes a-priori est de revenir à ce qui me conduit à poser une explication. Je peux alors faire la part entre faits, interprétations et suppositions.

La pensée systémique

La pensée systémique permet de modifier la manière dont nous pensons. Il s’agit d’intégrer des boucles de rétroaction (plutôt que des causalités linéaires). La réflexion s’appuie sur des schémas de comportement à long terme. 

Le dialogue comme outil de travail sur les modèles mentaux

De façon générale, la mise en évidence des biais de raisonnement est très difficile seul. Il est plus facile de voir l’erreur de raisonnement chez l’autre que chez soi, d’où l’intérêt du travail collaboratif pour éclairer les modèles mentaux.

Néanmoins, il est est nécessaire que le dialogue repose sur un équilibre entre l’exploration et l’argumentation.

L’argumentation seule est un comportement défensif, qui vise à résoudre des problèmes ou influencer. Deux personnes qui argumentent créent une escalade où chacun devient de plus en plus véhément.

L’exploration est un questionnement, qui peut être une esquive face au changement. L’exploration permet la mise en évidence de cheminements et des modèles mentaux, mais elle n’aboutit à aucune décision.

Les deux s’équilibrent quand chacun explicite et soumet sa pensée à l’analyse d’autrui, dans un climat de vulnérabilité partagée où nul ne cherche à imposer son point de vue. Il s’agit de trouver ensemble le meilleur raisonnement.

Cela demande que je soit consciente de mes attitudes, tant dans l’argumentation (j’explique mon raisonnement et je le soumets à la critique) que dans l’exploration (je présente des faits et postulats en tant que tels, je pose uniquement des questions sincèrement intéressées par le point de vue d’autrui). Cela nécessite aussi que j’accepte d’avoir tort et que je montre aux autres les faiblesses de mon raisonnement pour les autoriser à faire de même.

L’acceptation de la pluralité des modèles mentaux ne passe pas par le consensus : il n’est pas indispensable de parvenir à un accord. Une posture de type « pour d’autres raisons, je ne vous suis pas » est une façon d’accepter la pluralité des points de vue et des raisonnements (ou des fonctions cognitives selon la typologie de Jung), tout en facilitant la mise en commun. 

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