La maîtrise personnelle est selon P. Senge une des cinq disciplines indispensables à l’organisation apprenante. C’est un engagement individuel dans une dynamique d’apprenance.

« Faire preuve de maîtrise personnelle signifie vivre sa vie comme un acte créatif plutôt que comme une réaction à des événements. »

P Serge, 5eme discipline.

La maîtrise personnelle regroupe des éléments tenant de la posture personnelle, de la connaissance de soi, d’un besoin permanent d’apprendre et d’une capacité à atteindre ses objectifs.

La vision personnelle

La maîtrise personnelle est une discipline. Comme un art, c’est par la pratique qu’elle s’acquiert et se travaille, dans une démarche de découverte et de progrès sans fin.

Un des éléments fondamentaux de la maîtrise personnelle est la vision : ce vers quoi je veux aller, la finalité que je donne à mon existence sur Terre.
Le terme de « bienveillance sincère » recouvre des perceptions variées de l’idée d’un engagement tourné vers autrui, créateur d’enthousiasme et d’énergie.

La vision est concrète, c’est la représentation d’un futur désiré. Elle découle de la finalité. Travailler ma maîtrise personnelle me conduit à redéfinir sans cesse quelle est ma vision souhaitée de l’avenir.

La tension créatrice

Outre savoir ce qui est vraiment important pour moi, la maîtrise personnelle conduit à analyser avec lucidité la réalité quotidienne. L’écart entre mon ambition (voulue) et mon présent (constaté) est une source d’énergie, une tension créatrice. En effet, s’il n’y avait pas d’écart, je n’aurais aucune raison de bouger, d’agir pour aller vers ma vision.

Le terme tension suggère dans le langage courant l’inquiétude et le stress ; ici, il désigne une force en œuvre pour rapprocher la réalité de la vision. 
Le stress est défini comme l’écart entre nos besoins et notre perception de nos capacités pour faire face à une situation ; il se traduit par l’anxiété ou le découragement. Mais il est important de réaliser que ces émotions « négatives » qui peuvent émerger lors de tensions créatrices ne sont pas la tension créatrice elle-même. Il s’agit plutôt de tensions émotionnelles

Si je ne distingue pas la tension créatrice de la tension émotionnelle, je serai poussée à chercher des compromis sur ma vision plutôt qu’à agir sur la réalité. En effet, face au découragement et à l’inquiétude, il est souvent plus simple de renoncer à mes ambitions.
La maîtrise personnelle inclut une connexion avec moi-même pour accepter ces tensions émotionnelles comme richesse humaine : elles viennent alors nourrir et non remettre en cause mes ambitions.

La vérité

P Senge parle du conflit structurel comme les pensées et croyances que nous avons intégrées et qui limitent notre pouvoir d’agir. « Je n’y arriverai jamais« . « J’en suis incapable« . « C’est au-delà de mes capacités« .
Il s’agit de schémas de pensée, ancrés profondément, qui restreignent notre capacité à nous projeter et à agir.

Face à ces schémas, il préconise une quête de vérité. Mais ce n’est pas une recherche d’une explication ultime, absolue. Ce n’est pas non plus une technique, une recette pour dépasser ces croyances et pensées limitantes.

Dans la recherche de la maîtrise personnel, la quête de la vérité est un effort continu pour découvrir en moi-même ce qui me conduit à me limiter ou à me tromper. Cela demande que je remette en cause ce que je crois savoir sur le pourquoi des choses.

Le simple fait de travailler sur mes comportements et de prendre conscience des schémas qui les induisent suffit parfois à m’en libérer. Ainsi, lorsque j’identifie que ma colère contre un tiers résulte de mon besoin de reconnaissance, je nourris et respecte ce besoin, faisant tomber la colère.

Les démarches visant à m’approprier la responsabilité de mes actes et de mes émotions contribuent à ce travail. Mon objectif est d’être consciente de l’écart entre mon observation des faits et mon interprétation de ces faits.

La pensée au-delà de la pensée

Emotions, conscience, intuition, inconscient… Ces termes ont peu de place dans les conceptions traditionnelles des organisations et du management. Néanmoins, la pratique de la maîtrise personnelle les y réintroduit.

P. Senge évoque l’utilisation du subconscient comme un moyen de ne pas vraiment tout comprendre tout en gagnant en perception et en efficacité. L’interconnexion avec le monde, la compassion, l’engagement au service d’un tout qui nous dépasse sont assumés comme fondamentaux de notre humanité, devenue partie prenante du management.

Pour aller plus loin : 
- La 5ème discipline, P. Sengé
- La personne apprenante
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