Le Rameau mène depuis 2014 un travail sur l’intérêt général qui s’est cristallisé en janvier 2018 par un colloque. Intitulé « L’intérêt général : l’affaire de tous ? », les actes détaillés en ont été récemment publiés.

L’intérêt général y est vu comme un concept universel et intemporel, qui s’incarne sous trois formes :

  • La gestion régulatrice pour arbitrer et garantir l’équilibre entre l’épanouissement de chacun et la prise en compte des besoins de tous. La démocratie représentative désigne les pouvoirs publics en charge de définir les lois et normes.  
  • L’action collective transformatrice permet à l’individu de se transcender pour contribuer à un avenir collectif. Les organisations déterminent leurs pratiques par des mécanismes de démocratie délibérative.
  • La vision partagée soude la volonté des personnes à contribuer à un projet, à « faire société ». L’engagement des individus est possible à travers la démocratie participative.

Dans ce colloque, l’intérêt général est décrit comme un équilibre entre ces trois sphères. La société actuelle repose surtout sur une régulation des intérêts particuliers par la règlementation. Un rééquilibrage avec plus d’action créerait une dynamique pragmatique ; la vision viendrait renforcer une approche volontariste. Suivant l’importance donnée à chaque levier, les sources de légitimité et les acteurs prioritaires changent.

Que s’est-il dit dans ce colloque ?

Les participants au colloque sont venus interroger les modalités d’une modification du barycentre de l’équilibre entre ces trois leviers et co-construire des propositions.

Le premier chapitre du compte-rendu du colloque reprend les discours de grands invités qui introduisent le sujet. Les postures sont politiques, ouvertes, et dénotent de la pluralité de la définition de l’intérêt général.

Discuter pour co-construire l'intérêt général

Le deuxième chapitre résume les échanges des ateliers et l’expression des participants sur le « comment faire ». Dans ces traces écrites de débats vivants, il y a de la matière pour s’inspirer :

  • La vision partagée nécessite de la confiance, qui elle-même nait dans la proximité et le lien, à partir d’un vocabulaire et de valeurs partagés. De plus en plus, l’intérêt général quitte sa dimension universelle pour se construire de façon pragmatique à partir d’actions de terrain.
  • L’incarnation de l’intérêt général : elle se fait plus facilement dans un individu que dans une personne morale. La légitimité se crée dans la concertation et la co-construction, ainsi que dans la cohérence entre le projet et la réalité.
  • Les modalités pour associer tous les acteurs : adapter les outils (ex : réseaux sociaux), mais également la pédagogie et l’accompagnement des émotions liées au sujet et aux débats. Construire un citoyen qui contribue nécessite de donner du sens à l’action et une place à chacun.
  • Les alliances entre acteurs d’un territoire sont des vecteurs d’inclusion, d’intelligence collective et d’innovation.
  • L’expérimentation comme alternative à la régulation par la règlementation.  
  • Les différences entre les formes de démocratie : représentative, délibérative, participative.

La diversité des intervenants cités et les allers-retours entre les sphères des individus, des organisations et du politique contribuent à une lecture en complexité de la construction de l’intérêt général.

En bonus, trois rapports d’étonnements d’observateurs du colloque offrent un regard décalé sur le vécu des participants.

Comment construire l’intérêt général ?

Le principal intérêt que je vois aux actes de ce colloque est de proposer des pistes de réflexion sur la méthode pour penser et construire l’intérêt général. C’est une façon d’interroger mes modes de management, pour aller vers plus de co-construction, à l’interne et à l’externe. Je retrouve dans ces éléments des choses lues ailleurs, par exemple sur la vision partagée (5ème discipline, par P Senge).

A côté du questionnement des possibilités d’action de chacun, le colloque pointe également la place de l’Etat et la nature de son intervention. Les interventions des invités soulignent que nous sommes dans une phase de mutation du rôle de nos instances et collectivités.

Rêver et porter une vision : la condition à la construction de intérêt général
I have a dream…

Enfin, je retiens la « méthode REVE » citée par Hugues Sibille du Labo ESS :

  • Résister : refuser l’inacceptable
  • Expérimenter : créer des actions
  • Vision : partager un objectif
  • Evaluer : mesurer la performance

Néanmoins, j’essaie de ne pas perdre de vue que cette lecture de l’intérêt général s’inscrit dans un contexte social et historique donné. Pouvoir se préoccuper d’améliorer la démocratie par l’action individuelle est une sacrée chance !

La construction collective de la démocratie est réjouissante
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Schéma : newsletter Le Rameau - janvier 2018
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