C Jung décrit le fonctionnement du cerveau selon 3 fonctions cognitives, auxquelles une quatrième dimension a été ajoutée dans la typologie du MBTI (Myers Briggs Type Indicator).

Ces fonctions cognitives sont une invitation à mieux se connaître et à comprendre quelles situations sont génératrices de stress. En outre, le modèle aide à saisir la complexité des fonctionnements au sein d’un collectif.

Les 8 fonctions cognitives

Sur chacun des 4 axes, chacun se positionne plutôt d’un côté ou de l’autre. C’est la façon dont son cerveau réagit en temps normal, celle qui lui est plus facile d’utiliser, son naturel. De la même façon qu’un droitier va spontanément saisir un crayon de la main droite pour écrire.

Néanmoins, nous pouvons tous utiliser les huit fonctions cognitives. En outre, des facteurs liés à l’humeur, au stress, à l’éducation, peuvent venir perturber l’orientation naturelle d’un individu.

L’énergie : Introverti (I) ou Extraverti (E)

L’énergie psychique est ce qui nous met en forme, notre motivation à agir. Certains tirent leur énergie de leur environnement, des contacts et échanges vécus avec d’autres : ce sont des Extravertis (E). A l’inverse, les Introvertis (I) se ressourcent en se plongeant vers l’intérieur, le monde des pensées, des sentiments.

Un extraverti tend à agir d’abord, rapidement, et à multiplier les interactions avec son environnement. Il se ressource au contact d’autres personnes. Il a facilité à créer des relations et à briser la glace. En public, il exprimera volontiers ce qu’il pense. Il aime le contact, même et surtout imprévu et spontané. Enfin, il a la réponse facile et rapide.

A l’inverse, un introverti a besoin de phases de solitude et de calme pour retrouver son énergie. Il tend à réfléchir longuement avant de s’exprimer, et le fait de préférence brièvement. En outre, il ne se livre que dans une atmosphère de confiance. Enfin, il a de riches échanges avec lui-même.

Bon pour l’introvertiBon pour l’extraverti
– Pouvoir s’isoler pour se ressourcer
– Moments de calme, d’intimité
– Réfléchir avant d’agir
– Approfondir les sujets
– Les rencontres, les contacts, le travail en équipe
– L’action, le mouvement
– Penser à voix haute
– Elargir les sujets de travail
Stressant pour l’introvertiStressant pour l’extraverti
– Les sollicitations multiples et incessantes
– Les interruptions des pensées
– Le brainstorming en groupe
– Les contraintes sociales (réceptions, cocktails, …)
– L’absence d’échanges, de feedback
– La solitude prolongée, être abandonné à soi-même
– Tâches trop lentes
– Trop d’informations écrites

La perception : Sensation (S) ou Intuition (N)

La perception est la fonction cognitive de recueil des informations. Elle peut se faire selon deux modalités :

  • De façon factuelle, sensorielle et inscrite dans le présent : c’est la Sensation (S)
  • De façon abstraite, imaginaire et tournée vers l’avenir : l’Intuition (N)

La personne à dominante sensation (S) se concentre sur le concret, ce qu’elle perçoit avec ses cinq sens. Elle compile les faits objectifs et vérifiables ; elle apprécie une action à ses résultats tangibles. Son apprentissage se fait pas à pas, plutôt par la pratique, en expérimentant les situations. Sa compréhension de bâtit de manière analytique, en étudiant chaque détail.

La personne à dominante intuition (N) privilégie ce qui émerge, les possibilités, l’originalité, la nouveauté. A l’aise avec les concepts, l’intuitif bondit vers les conclusions. Sa démarche de pensée lui facilite la synthèse et l’accès à la complexité. Contrairement à la Sensation très inscrite dans le présent ou l’expérience tirée du passé, l’Intuition est tournée vers l’avenir et les possibles.

Bon pour SensationBon pour Intuition
– Procédures détaillées à partir de l’expérience
– Actions concrètes, débrouillardise, pragmatisme
– Tâches séquentielles et/ou répétitives
– Pensée analytique
– Imaginer, inventer, anticiper le futur
– Idées nouvelles, créativité
– Variété
– Pensée globale et complexe
Stressant pour SensationStressant pour Intuition
– Les explications longues et décousues
– Les situations irréalistes ou fantaisistes, le flou
– La pensée abstraite, s’occuper des idées plutôt que des faits
– Le manque d’expérience
– La routine et les détails sans importance
– Le manque de vision ou d’idéal
– Un travail trop focalisé sur une tâche
– L’obligation de procéder selon une manière ou une procédure stricte

Le jugement : Sentiment (F) ou Pensée (T)

Le jugement est l’évaluation des informations, conduisant à la prise de décision, selon deux fonctions cognitives :

  • Le Sentiment (F pour Feeling) basé sur les valeurs, d’ordre subjectif : l’acteur décide selon le bien et le mal. C’est l’intime conviction qui prime.
  • La Pensée (T pour Thinking), basée sur la logique, d’ordre objectif : l’acteur décide selon le vrai et le faux. Le raisonnement est impersonnel.

L’acteur orienté Sentiment (F) s’implique dans la décision. Il ressent ce qu’elle représente pour les acteurs concernés, selon leur motivation. Les modalités du message priment sur son contenu. Le Sentiment (F) vise l’harmonie et privilégiera l’appréciation positive sur la remise en cause. Il reçoit les critiques comme une mise en cause personnelle (on lui dit qu’il a fait une erreur, il entend qu’il est nul).

L’acteur orienté Pensée (T) pèse les « pour » et les « contre » en observateur impartial. Il vise la justice et la clarté. Le contenu du discours et les principes priment sur la forme. Ses critiques seront formulées selon la vérité, indifféremment de l’impact sur celui qui les reçoit. Il les reçoit de même, de façon détachée (au contraire de celui orienté Sentiment, les louanges et circonvolutions préalables à une remarque négative vont l’irriter).

Bon pour sentimentBon pour Pensée
– Le respect des convictions personnelles
– Relations harmonieuses, fondée sur l’empathie et les valeurs
– Compliments, chaleur humaine
– Recherche du bien et du beau
– Les décisions logiques
– Relations impersonnelles, fondées sur la compréhension intellectuelle
– Observation et analyse multicritère
– Recherche d’améliorations
Stressant pour SentimentStressant pour Pensée
– Conflits, confrontations, choses déplaisantes
– La critique, le manque d’appréciation positive
– Le manque d’attention aux besoins des autres
– La bureaucratie impersonnelle
– Gérer les états d’âmes autrui, les réactions émotionnelles
– Etre envahi par les opinions et les désirs des autres
– Le manque de logique
– Les décisions mal argumentées

La relation à l’environnement : Perception (P) ou Jugement (J)

La relation à l’environnement n’est pas tant une fonction cognitive qu’une Préférence pour un des axes Perception (Sensation / Intuition) ou Jugement (Sentiment / Pensée) dans les relations avec le monde extérieur.

L’acteur orienté Perception (P) reste ouvert aux possibles, aux opportunités. Il reste flexible et s’adapte. De plus, il aime la profusion, le jaillissement des idées. Il n’aime pas jeter : tout pourrait servir. Il cherche, explore, et évite de prendre des décisions fermes et définitives. Dans sa relation au temps, l’acteur P est souvent en retard et déteste attendre ; il travaille de préférence sous pression, au dernier moment.

L’acteur orienté Jugement (J) cherche la plus grande maîtrise possible sur son mode de vie. Il planifie et se prépare aux événements. Il recherche l’ordre, le classement : « ce qui se conçoit bien s’énonce clairement« . La décision doit être actée, il faut s’y tenir. Dans sa relation au temps, l’acteur J est ponctuel, il prévoit une marge temporelle et de quoi s’occuper ; il s’attaque au travail de façon régulière.

Bon pour perceptionBon pour jugement
– La flexibilité, la souplesse
– La spontanéité, la curiosité, les découvertes
– Prendre la vie comme elle vient, l’imprévu, la liberté
– Rester ouvert et saisir les opportunités
– L’organisation
– Une planification avec des échéances et des étapes intermédiaires
– Les limites claires et les catégories
– Prendre une décision et s’y tenir
Stressant pour perceptionStressant pour Jugement
– Les contraintes imposées, les limites de temps
– L’obligation d’agir d’une certaine façon (procédure, norme)
– Recevoir des ordres, s’entendre dire « tu dois… »
– Excès de cadre, de formalisation
– Le non respect des échéances, devoir finir un travail à la dernière minute
– Des règles non respectées, le manque de respect
– Des pertes de temps
– Le désordre

Utilisation des fonctions cognitives dans un groupe

Les différences entre les façons de percevoir la réalité, de prendre des décisions ou même de se ressourcer sont des sources de conflits.

Des visions du monde différentes, axées sur les détails concrets ou sur les perspectives d’avenir, peuvent créer d’importantes difficultés à se comprendre. A l’extrême, un S (sentation) pourra trouver que le N (intuition) est un rêveur déconnecté des réalités, ou qu’il part dans tous les sens sans jamais rien faire. A l’inverse, aux yeux du N, le S paraîtra matérialiste, sans imagination, complètement sclérosé.

Sur le registre de l’évaluation du travail, un T (Pensée) et un F (Sentiment) construisent et reçoivent très différemment leurs appréciations. Un E-F (extraverti sentiment) sera souvent en attente de retour, d’avis positifs sur ce qu’il fait bien pour maintenir son énergie et sa motivation. Si son manager est I-T (intraverti pensée), il aura plutôt une propension à la réserve, à donner peu d’avis, et à pointer avec précision les points à améliorer. Ce manager risque paraître excessivement perfectionniste et froid, alors que lui-même ne verra rien que de naturel dans ses remarques. Chacun fonctionne selon ses fonctions naturelles, et cela finit en prise de bec.

La différence des fonctions cognitives, source de prise de bec

Il y a pourtant un vrai intérêt dans la complémentarité entre les approches, pour peu qu’on réussisse à les coordonner. Ainsi, se connaître et être conscient de ses besoins pour les exprimer avec simplicité permet de mieux se positionner.

En outre, la typologie des fonctions cognitives aide à comprendre que les comportements d’autrui visent à assurer ses besoins selon son fonctionnement psychique, non à nous nuire. Par conséquent, souplesse et lâcher prise sur notre volonté de changer autrui seront plus efficace que des jugements à l’emporte-pièce.

La suite de cet article dans celui sur la typologie des fonctions cognitives.


Pour aller plus loin :
 - La typologie jungienne sur Wikipédia 
- Les types de personnalité, par P Cauvin et G Cailloux
- A chacun son cerveau à chacun sa réussite, par F Marquet
- Site avec auto-test des fonctions cognitives selon le MBTI

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