Le management est l’art de décider, d’arbitrer et d’assumer les conséquences : l’éthique y est permanente. En effet, l’éthique est une démarche de réflexion par laquelle l’être humain choisit l’action concrète qu’il va mener.

L’épreuve éthique du management

La réflexion éthique est celle par laquelle je confronte un choix concret qui se présente à moi au regard de valeurs, normes, principes, afin de définir l’action que je vais mener. Cette réflexion peut se mener de façon personnelle ou collégiale, par exemple dans une réunion pluridisciplinaire.

La morale fixe des représentations et des valeurs qui s’imposent à l’acteur. Au contraire, l’éthique est relativiste : ce n’est pas parce que les valeurs et repères existent qu’il faut nécessairement les respecter au regard d’une situation donnée.
Il n’y a pas de bonne ou mauvaise décision en matière d’éthique. Ce qui compte, c’est la posture et la mise en acte dans un contexte donné.

L’éthique au quotidien dans le management

Le questionnement éthique pour débutant peut se reconnaître à une formulation en « dois-je ?« , appliqué à une situation concrète :

  • Dois-je accepter la rupture conventionnelle demandée par ce collaborateur de valeur, qui a un projet personnel de reconversion ? D’un côté l’intérêt de l’entreprise, l’efficacité du collectif, la primauté du contrat de travail. De l’autre, la liberté individuelle, le développement personnel, la politique sociale…
  • Dois-je prendre le risque de laisser cet éducateur spécialisé débutant animer un atelier de médiation animale avec des chiens pour des enfants atteints de troubles du comportement ?
  • Dois-je mettre fin aux traitements curatifs de ce malade atteint d’un cancer métastasé ? Entre loi, avis de l’équipe, recommandations de bonne pratique, désir des proches, expression (ou non) du malade…
  • Dois-je accepter que cet usager perturbe les repas des autres personnes accueillies au nom du respect de son rythme de vie ?
  • Dois-je cadrer l’action de mon subordonné par des ordres clairs, précis et détaillés ? Ou dois-je lui laisser une part d’interprétation et d’autonomie, quand je suis responsable du résultat ?
  • Dois-je passer mon temps en écoute auprès de mes collaborateurs pour débriefer la crise d’hier ou aller à cette réunion où il sera question des budgets de l’année prochaine ?
Ethique et management : quel chemin choisir ?

Le questionnement éthique est permanent dans le management. Néanmoins, de mon expérience, le manager est rarement armé pour conceptualiser cette approche. Pourtant, de nombreux penseurs ont posé des repères…

L’éthique philosophique

La démarche éthique pose quelques présupposés, déclinés par de nombreux philosophes :

  • L’être humain peut et doit agir.
  • Nous avons une marge de liberté, à partir de laquelle se construit notre action.
  • La décision découle de ce que l’individu pense, ressent, comment il se conçoit et voit le monde.
  • La rationalité est commune, mais elle est utilisée différemment selon les personnes : une base de l’échange est la compréhension.
  • Un objectif de justice, avec deux fondamentaux : l’égalité de tous les êtres humains et la réciprocité (ce qui vaut pour l’un doit valoir pour l’autre).

L’éthique des vertus (Aristote)

Aristote, philosophe, auteur de Ethique à Nicomaque, inspiration en management.

Pour Aristote, le sens ultime de la vie humaine est le bonheur. Il le définit comme la recherche de l’épanouissement des personnes et le développement en eux de qualités qui augmentent le bien collectif. Le bonheur vise la vertu, qui est ce qui définit l’homme en tant qu’homme, par l’exercice de la partie rationnelle de son âme.

En outre, la société repose par une conception du bien partagé, d’une cause commune, qui n’est pas neutre et limite les valeurs qu’il est acceptable que l’individu défende. Donc ce qui est possible à titre individuel ne l’est pas nécessairement en société, dans les institutions.

L’éthique a donc pour objet la vertu, c’est-à-dire le développement de la conduite d’un homme réfléchi, dans la mesure, qui est responsable de ses actes.


L’éthique du devoir (Kant)

Pour Kant, l’être humain définit les lois qu’il se donne (principe d’autonomie). Ces impératifs catégoriques définissent une action comme nécessaire et inconditionnelle.

Le bonheur est alors secondaire, mais il résulte de l’obéissance aux lois que nous nous donnons à nous-mêmes. Dans cette perspective, l’intention de l’acteur est prédominante pour penser son action.

Agis uniquement d’après la maxime qui fait que tu peux vouloir en même temps qu’elle devienne une loi universelle

Kant

La démarche éthique vient interroger les points où plusieurs de ces lois se confrontent. Par exemple, un débat sur le port du voile vient opposer deux lois humaines que sont la dignité de la femme et la liberté de pensée, de morale et de religion.


L’éthique utilitariste

Dans les éthiques conséquentialistes, chacun cherche son plaisir individuel ; le bonheur est un bien commun qui nait de la maximisation collective des plaisirs. L’utilitarisme est basé sur une égalité fondamentale : chacun compte pour un.

Le questionnement éthique vise alors à identifier les conditions de l’action qui maximisent l’intérêt du plus grand nombre. Cette approche se focalise sur les conséquences de l’action, indifféremment des intentions des acteurs.


Autres développements philosophiques

Les approches eudémonistes critiquent les philosophies traditionnelles exclusivement centrées sur l’être humain. La nature devient centrale, au sens des finalités des animaux, du biologique, … Ainsi, Hans Jonas a écrit que la vie veut vivre et que l’être humain doit laisser la vie vivre ; ce qui fait naître une responsabilité de l’humanité envers le vivant.

L'éthique : une voie vers le respect de toute vie

D’autre part, l’éthique selon Spinoza a pour objectif de définir les motifs qui me poussent à désirer et à agir, de façon à ce que par une connaissance exacte je puisse mieux m’affirmer et atteindre le bien. Il propose une voie de libération et de sagesse. En développant la connaissance des choses et du monde, j’aurai la joie la plus haute, une forme de béatitude.

Enfin, Confucius est à l’origine de la majorité des représentations chinoises.  Sa vision fondamentale est que l’un des buts de la morale est de maintenir / d’apporter de l’harmonie à la société. Cela passe par le fait de vivre en groupe, de façon apaisée, à travers le respect de règles. L’individu est vu avant tout comme un être social, avec un rôle fondamental des émotions : compassion, élan vers l’autre, amour.

Pour aller plus loin : MOOC Le Bien, le Juste, l'Utile, Introduction aux éthiques philosophiques (Université de Genève, Coursera)

Un accompagnement à l’autonomie

A première vue, la démarche éthique est peu concrète. D’origine philosophique, elle apparaît souvent comme une intellectualisation, là où le travailleur est dans l’action.
En l’absence de repères théoriques, mais surtout de mise en pratique dans un cadre offrant quelques repères méthodologiques, l’éthique est un fumeux bordel.

Or les modalités concrètes de l’éthique existent et sont déclinées dans les institutions. Il y est question de concertation pluridisciplinaire, de la place de l’usager dans la définition de son projet de vie, de groupes de co-développement, d’analyse des pratiques, …

Tels M Jourdain et la prose, nous faisons de l’éthique au quotidien dans le management sans le savoir. Mais que le mot apparaisse, et nous voilà perdus ! L’éthique philosophique nous apparaît dépourvue de chair, aussi impalpable qu’une brise légère. Serait-elle faite de concepts dont la maîtrise demande une vie entière de méditation au pied d’une cascade ?

Or le directeur est là pour guider, il indique la voie. Son objectif est d’accompagner les équipes vers une meilleure autonomie, laquelle passe par une capacité à réfléchir à ce qu’on fait, à ce qui nous motive, pour définir par soi-même ses règles d’action et arbitrer leur mise en pratique au sein d’un collectif agissant.
Bref, par son management, le directeur accompagne ses équipes dans l’appropriation et la mise en œuvre d’une démarche éthique.

Ethique et management : donner une direction
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