Dans le bug humain, Sébastien Bohler nous explique comment notre cerveau nous conduit à notre perte. L’histoire de l’humanité nous a conditionnés, pour survivre, à vouloir toujours plus. Aujourd’hui, nous avons l’abondance. Pour autant, nous ne savons pas nous arrêter même si nous savons que nos actes mettent notre environnement en danger.

Le bug humain : un livre facile à lire

Le bug humain

Sébastien Bohler s’appuie sur des recherches en neurosciences, qu’il rend faciles à comprendre. Il explique le mécanisme de la récompense. C’est ainsi qu’une petite zone du cerveau, le striatum, a un pouvoir immense sur notre fonctionnement et nos décisions, à notre insu.

Un mécanisme de survie…

Le système de récompense fait que le striatum fournit du plaisir au cerveau (à travers la libération de dopamine) pour gratifier des comportements « appropriés ». Or ces comportements sont ceux qui favorisent la survie de l’individu et de l’espèce :

  • Trouver de la nourriture : indispensable à la survie à court terme.
  • Trouver des partenaires sexuels : pour diffuser ses propres gènes et assurer la continuité de l’espèce.
  • Se procurer un statut social : l’humain est un prédateur plutôt faible individuellement, le collectif lui permet une meilleure survie. Pour cela, il est mieux de se positionner en situation de pouvoir dans le groupe ou au moins d’identifier et suivre un individu de pouvoir.
  • Acquérir du territoire et des informations : savoir où trouver la nourriture, se réserver l’usage d’une zone, apprendre à utiliser des outils sont autant de moyens d’améliorer grandement la survie.
  • Dépenser le moins d’énergie possible : dans un univers où les denrées et moyens sont limités, il est capital de savoir se préserver et ne pas s’épuiser.

Dans des périodes où les ressources étaient limitées, ces compétences permettaient la survie et la prospérité. Ceux qui les développaient ont acquis du pouvoir, des forces physiques et une facilité à se reproduire. Les humains d’aujourd’hui sont donc les descendants de ceux dont le striatum a le mieux développé ces tactiques de survie.

Par conséquent, nous avons tous aujourd’hui des striatums prêts à nous récompenser dès que nous réalisons une de ces cinq actions. Sans aucune limite.

… qui se retourne contre nous : le bug humain

Aujourd’hui, nous vivons dans une société d’abondance. L’être humain assure sa survie physique par l’obéissance à un système social codifié. Etude, travail, revenu sont des clefs pour accéder à la nourriture, à un statut social, des alliances sexuelles, …

Pour autant, les mécanismes de gratification du stratium n’ont pas changé. Son moteur du plaisir nous pousse à vouloir toujours plus. Nous avons hérité des envies de nos ancêtres primates, mais nous avons des moyens de les réaliser dignes des dieux :

Toujours plus de nourriture :

Trouver de la nourriture a longtemps été un acte de survie. Mais dans une société d’abondance, l’obésité progresse, la ma-bouffe règne.

Dans un environnement dur, le cerveau de nos ancêtres les gratifiait d’une dose de plaisir s’ils trouvaient des calories. Cela continue avec nous, qui avons libre accès au gras, au sucre, au sel… Même si nous savons que cela se joue au détriment de notre santé, ce savoir (celui du cortex) ne réduit pas notre plaisir (celui du striatum).

Toujours plus de sexe :

Sébastien Bohler démontre l’attirance pour le sexe des hommes (au masculin) à travers la diffusion de la pornographie, notamment sur internet.

Selon cette théorie, pour les femmes, la possibilité de diffuser ses gènes dépend moins du nombre de partenaires que de la capacité à s’occuper des quelques enfants mis au monde. D’où un goût très féminin pour « tout ce qui est petit et mignon ». A commencer par les vidéos de chat qui pullulent presque autant que le porno sur internet !

Toujours plus de statut :

Nous sommes en quête de toujours plus de reconnaissance sociale, de signe extérieur de richesse, de promotion. C’est assez simple.

Sébastien Bohler va un peu plus loin, en faisant le lien entre « suivre un individu puissant » qui était autrefois une compétence de survie et notre goût actuel pour la presse people et les influenceurs. Notre cerveau continue à nous récompenser quand nous identifions « quelqu’un qui sait quoi faire » et que nous l’imitons, quel que qu’en soit l’objet.

Toujours plus d’information :

Acquérir de l’information et des compétences a toujours été un vecteur de survie gratifié par notre striatum. Mais dans un monde où l’accès à l’information est sans limite, cela nous transforme en addicts.

Le mécanisme de la récompense sur tout apprentissage provoque les longues heures que nous pouvons passer sur des mini-jeux sur smartphone. Chaque petit niveau passé provoque une explosion de points, traduits par notre cerveau en plaisir d’avoir appris et réussi.

Toujours plus de détente :

Pour un chasseur-cueilleur, ne pas dépenser plus d’énergie qu’il ne peut récolter d’aliments est capital. Donc savoir économiser son effort était une règle de survie : ceux qui savaient étaient mieux placés pour transmettre leurs gènes, et ce mode de fonctionnement de leur cerveau, à leurs descendants.

Aujourd’hui, nous sommes à la recherche de toujours plus de résultats pour moins d’efforts. Les réseaux sociaux sont un moyen facile de gagner en notoriété, obtenir des relations et de l’information. Peu importe pour notre striatum que ce soit de qualité ou non : seul l’immédiateté compte.

Résoudre le bug humain : la sobriété

Si le sous-titre du livre annonce « comment l’en empêcher », la façon d’éviter que notre cerveau nous pousse à notre perte est peu développée. Le livre nous gratifie plus de l’impression d’avoir appris et compris quelque chose qui nous rend intéressants, nettement moins des perspectives d’effort à faire pour nous contenir. En cela, Sébastien Bohler sait bien comment parler à notre striatum.

Deux pistes sont toutefois évoquées pour résoudre le bug humain : la réflexion et la sobriété.

Donner plus de pouvoir au cortex :

Le cortex est la partie du cerveau capable de réflexion, de conceptualisation ainsi que de projection dans le temps. En cela il diffère du striatum, dont l’effet de gratification biologique est inconscient et purement ancré dans le présent.

La réflexion, la prise de conscience, le choix d’orienter notre conscience vers le savoir, peuvent être des pistes d’enrichissement qui détournent le striatum de sa logique éco-destructrice.

Apprendre le plaisir de la sobriété :

L’expérience du grain de raisin est un exemple simple et parlant de sobriété. Notre striatum considère le plaisir indiferrement de la quantité. Nous pouvons donc obtenir satisfaction avec des quantités moindre, mais dont nous apprenons à profiter pleinement.

Cela rejoint la notion de pleine conscience, par la méditation ou simplement la perception attentive de ce qui nous environne.


De la psychologie évolutionniste

Le « bug humain » de Sébastien Bohler est très bien écrit et se réfère à de nombreuses expériences de neuro-sciences. Néanmoins, derrière l’image fort sérieuse et scientifique, la démonstration relève surtout du postulat de psychologie évolutionniste. Or il s’agit là d’une hypothèse, d’une façon de concevoir l’histoire pour expliquer le présent, non d’une démonstration factuelle.

En effet, le postulat de la psychologie évolutionniste est que l’évolution du genre humain a conditionné la psychologie. Cela se serait fait à travers l’évolution biochimique du cerveau sur des centaines de milliers d’années.

Cette hypothèse est intéressante. Pour autant, considérer nos comportements à travers le seul prime d’un déterminisme lié aux phénomènes biologiques que nous avons hérités de nos ancêtres est un peu réducteur.

Evolution de l'homme

Dans le Bug humain, expériences de neurosciences et hypothèses explicatives sont mélangées, aboutissant à une apparente démonstration… Dont la valeur scientifique reste limitée.

D’autre part, le développement psychologique de l’individu, sa construction de son inconscient et de ses représentations personnelles sont également des déterminants forts de ses comportements. A cela s’ajoute également une construction historique, celle du modèle social dans lequel il s’insère, par exemple à travers les valeurs et comportements admis ou non par le collectif. Par une évocation simplifiée, le livre passe à côté de la complexité du développement humain.

En conclusion, le « bug humain » est un livre facile lire, qui propose un éclairage psychologique à tendance évolutionniste de nos comportements. De quoi passer un moment agréable à relier et mettre en perspectives des éléments jusque là épars, peut-être de quoi acquérir quelques idées pour briller un coup en société… Mais une réflexion parcellaire, qui demande d’autres éclairages pour mieux réfléchir à l’avenir du genre humain.


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