Il était une fois un paysan qui cultivait un champ en terrasse, suffisant pour nourrir sa famille. Son père lui avait appris ce que lui-même tenait de son propre père : le rideau d’arbre au bord du champ cachait un dangereux précipice perdu dans les brumes.

L’hiver, les orages abîmaient les terrasses, et le paysan les réparait.  Certains étés, la sécheresse asséchait le sol et le paysan portait des brocs d’eau depuis le torrent. 

Mais vint un hiver rigoureux, qui détruisit les terrasses. Puis vint un été qui assécha même le torrent.


Poussé par le désespoir, le paysan partit dans la forêt à la recherche d’eau. Il affronta la peur, traversa les fourrés, descendit dans le ravin. 

En bas, un fleuve alimentait une plaine fertile où il installa de nouvelles cultures. 

Il put ainsi nourrir sa famille et aussi son village. 

Tel le paysan de cette histoire, nous restons souvent dans le champ que nous connaissons, en modifiant les paramètres de notre action (réparer, apporter de l’eau) en fonction des écarts entre les résultats que nous obtenons et nos objectifs. 

Dans une organisation humaine :

  • Les arbres représentent la structure mise en place, qui fixe et fige les références organisationnelles des acteurs.
  • La brume est l’inconscient des acteurs, les limites qu’eux-mêmes posent à leur action pour crainte d’effets délétères ou par gêne. Les motivations réelles de ces limites peuvent être inconscientes et/ou cachées par une explication socialement acceptable. 

Parfois, il faut savoir interroger les fondamentaux de l’action (franchir le rideau des arbres et la brume), pour en redéfinir les paradigmes. Cela peut aussi passer par la requalification de l’objectif (nourrir tout le village et non sa seule famille).  

Ce questionnement nécessite en premier lieu d’être capables de revenir sur nos valeurs et paradigmes, tels le paysan qui pensait qu’il n’existait rien au-delà de la ligne des arbres. Et comme lui, nous y sommes souvent poussés par une crise liée à des contraintes extérieures.

C’est le principe présenté par Argyris dans la théorie de l’apprentissage en double boucle :

Apprentissage en double boucle

Ce texte est une libre illustration des théories développées par C Argyris et D Schön dans le livre Apprentissage Organisationnel.